De la cour de l’église au camp militaire. Le témoignage de Flav, enfant enlevé par les rebelles de l’Armée du Seigneur

De la cour de l’église au camp militaire. Le témoignage de Flav, enfant enlevé par les rebelles de l’Armée du Seigneur

« Je jouais au ballon avec mes amis dans la cour de l’église. C’était l’heure du coucher du soleil. Tout à coup, des hommes armés ont fait irruption dans la cour en tirant des coups de feu. Ils m’ont attrapé et tout de suite menotté. Tout comme mes amis ».
Flav* est un garçon de quinze ans, enlevé par l’Armée du Seigneur (Lord’s Resistance Army) à l’âge de onze ans. Malgré son jeune âge au moment de l’enlèvement, il se souvient bien des faits les plus marquants de cette expérience.
D’abord l’enlèvement, puis la longue marche en pleine nuit à travers la forêt dense pour rejoindre le site de cantonnement du groupe armé. Une marche qui lui a laissé des blessures aux jambes et des douleurs au dos causées par les coups de bâton de ses ravisseurs.
Comme si le passage de la cour d’église au camp militaire en pleine brousse n’était pas assez dépaysant, Flav s’est vu confier une arme réelle, sous la menace d’être lui-même tué s’il refusait de suivre les ordres de son chef militaire. Il se rappelle qu’il devait réprimer toute émotion, sous peine d’être puni. Ses chefs lui avaient même fait croire que Dieu autorisait tous ses actes, car il voulait qu’il devienne un grand soldat, pour prendre l’Ouganda et ensuite la gouverner.

Pour montrer son engagement militaire, il a du exécuter la preuve finale de son initiation aux armes, une expérience qui ne cesse de le troubler : « J’ai dû tuer deux personnes et j’ai été obligé de manger leurs corps » nous raconte-t-il à voix basse. Il reste hanté aujourd’hui par les souvenirs des attaques sur les villages, pour les besoins de ravitaillement du groupe, pour lesquels il recevait un vaccin d’huile censé le rendre plus fort, la faim subie, les nuits où il dormait à même le sol et les longues marches.
Flav a retrouvé une certaine tranquillité d’esprit maintenant qu’il vit avec un membre de sa famille élargie, loin de sa ville d’origine. Même s’il sait que les membres de l’Armée du Seigneur (LRA) ont pour habitude de tuer tous ceux qui font défection s’ils les retrouvent. Il va à l’école régulièrement, où il s’intéresse surtout à l’éducation physique et tout particulièrement au football. Mais il veut aussi tenter sa chance dans la menuiserie, avec le soutien de COOPI.
Depuis 2009, l’ONG est présente dans la province du Haut Mbomou, à l’extrême sud-est de la RCA, où elle vient en aide aux populations rurales déplacées, installées dans les villes d’Obo et Zemio, fuyant l’insécurité persistante causée par la présence de la LRA dans la région. Au cours des dernières années, dans cette région, COOPI a mené des actions humanitaires dans différents secteurs: l’éducation, la sécurité alimentaire, la protection des victimes les plus vulnérables de ce conflit.
En Septembre 2015, COOPI s’est vu confier un nouveau financement de neuf mois, par les organisations des Nations Unies associées au Fond Humanitaire Commun (CHF), afin de prolonger son action en appui au relèvement communautaire. Ce nouveau projet a pour objectif de renforcer la capacité d’une association partenaire créée par d’anciens employés de COOPI et basée à Obo, qui œuvre pour offrir un appui intégral aux enfants auto-démobilisés de la LRA, ainsi qu’à tout enfant qui, par manque de soutien familial, se trouve à risque d’être enrôlé de force par un groupe armé. Une action préventive similaire est aussi en cours à Zemio.
Il s’agit d’un projet ambitieux mais le fort engagement des communautés concernées nous laisse croire que ses objectifs seront atteints.
« La nuit est le moment le plus difficile. Je fais des cauchemars et je revis toutes les atrocités subies ». Les enfants qui crient le dérangent à un point qu’il les menace parfois d’aller chercher des armes chez « ses frères ougandais » pour les faire taire. Il n’accepte pas facilement l’autorité du chef de ménage tant il avait développé des attitudes autoritaires à l’aide d’une arme.
Malgré ses progrès, pour Flav, comme pour les autres enfants, un long chemin reste à parcourir.
Et c’est justement pour cette raison que l’approche intégrale promue par COOPI pour la réinsertion sociale des enfants associés aux forces et groupes armés s’impose.

*le prénom a été modifié

De la cour de l’église au camp militaire. Le témoignage de Flav, enfant enlevé par les rebelles de l’Armée du Seigneur ultima modifica: 2016-07-07T12:18:49+00:00 da Developer