Grâce aux humanitaires, on a évité le pire à Boda

Grâce aux humanitaires, on a évité le pire à Boda

Hervé Yangani est le responsable national des distributions alimentaires (vivres, semences et outils) de COOPI. Depuis le mois d’avril 2014, il travaille dans la ville de Boda, où l’intervention de COOPI a été décisive pour faire face au risque d’insécurité alimentaire, notamment chez la communauté musulmane.

À partir de la fin de janvier 2014, celle-ci s’est retrouvée confinée dans une enclave formée par les quartiers islamiques de la ville qu’ils ne pouvaient pas quitter au risque de se faire tuer.

– Quel est votre constat sur la situation à Boda plus d’une année après le début des affrontements intracommunautaires dans la ville?

Depuis avril 2014, quand COOPI a commencé à travailler à Boda, dans l’enclave musulmane et aussi hors de celle-ci, la situation a montré une nette amélioration spécialement dans les quartiers musulmans. La première fois qu’on a organisé une distribution de vivres dans l’enclave, la situation était très grave : il y avait même des femmes qui s’évanouissaient à cause de la faim et les gens avaient déjà commencé à mourir d’inanition. Quand on a vu ça, on a été forcé de diviser les rations alimentaires en deux pour donner à manger à toutes les personnes qui en avaient besoin, parce qu’il s’agissait de sauver leurs vies. Après, quand le reste des vivres sont arrivés on a compensé. Je pense souvent que si le PAM et COOPI n’étaient pas intervenus à ce moment-là, beaucoup de personnes seraient mortes vu que ça faisait plus d’un mois que la nourriture n’entrait plus dans l’enclave. Après, pendant un bon moment, les seuls vivres auxquelles ils avaient accès étaient ceux du PAM distribués par COOPI.

– Quels sont les changements enregistrés depuis cette période dans l’enclave musulmane?

Sur le plan de la nutrition, et parallèlement à l’amélioration du climat sécuritaire, la diversité alimentaire est revenue petit à petit. Maintenant, on trouve les légumes, les produits maraîchers, cultivés dans l’enclave, vu que beaucoup de musulmans se sont recyclés en agriculteurs, et même la viande, par exemple de cabri. Au fur et à mesure que la sécurité alimentaire s’améliorait du fait des distributions et des nouvelles cultures, les échanges commerciaux entre les différentes communautés ont également repris. Maintenant, il y a soit des musulmans qui se déplacent au niveau du marché situé devant le siège de la gendarmerie, soit des chrétiens, surtout des femmes, qui se rendent dans l’enclave pour vendre leurs légumes.

– Ces échanges sont-ils un moteur pour la réconciliation et la cohésion sociale ?

Bien sûr. Les échanges entre communautés, la réouverture des boutiques et la reprise de l’activité économique ont été une des clés de l’amélioration du climat et de la cohésion sociale. Sans vouloir me vanter, je crois que notre intervention a été très importante là-dessus, par exemple, pour ce qui est des distributions alimentaires. Ces distributions ont éliminé un risque très grave d’insécurité alimentaire et donné aux bénéficiaires la force dont ils avaient besoin pour la reprise de leurs vies et leurs activités économiques. Evidemment, quand on a faim on ne peut penser qu’à trouver à manger.

– Est-ce que vous pouvez nous expliquer s’il y a d’autres signaux positifs au vue de la cohésion sociale à Boda ?

Oui, par exemple, la reprise de l’activité minière, le fait que certains musulmans osent se déplacer à Bangui, même si c’est encore dangereux, ou le meilleur approvisionnement des marchés en produits d’hygiène, comme le savon, et des habits qui arrivent du Cameroun. Aussi, le fait que les liens familiaux interrompus du fait de l’isolement forcé des musulmans ont commencé à reprendre et les familles qui ont des membres dans les deux communautés, chrétienne et musulmane, peuvent maintenant se rencontrer dans certains endroits sécurisés comme le rond-point qui se trouve devant la MINUSCA. J’ai été moi-même témoin des appels des certains musulmans à leur proches qui avaient fui vers le Cameroun ou le Tchad pour leurs demander de rentrer à Boda en faisant allusion à l’amélioration de la sécurité. Ceci dit, il faut tenir compte du fait qu’il reste encore beaucoup de choses à faire : les musulmans ne peuvent pas encore se déplacer en toute liberté sans risquer de se faire attaquer et il y a encore de la délinquance dont les deux communautés souffrent.

– Est-ce que vous considérez que le travail humanitaire a joué un rôle dans ces progrès ?

Sans aucun doute. D’après mon expérience, c’est grâce aux humanitaires qu’on a évité le pire à Boda. Il faut dire aussi que la présence des forces de sécurité nationales, comme la gendarmerie, et internationales, a rassuré la population. En fait, ces forces cherchent à finir avec les exactions des criminels et bandits.

Grâce aux humanitaires, on a évité le pire à Boda ultima modifica: 2016-07-07T12:45:13+00:00 da coopi