Greniers dans l’air et nouvelles cultures: apprendre à penser à l’avenir

Greniers dans l’air et nouvelles cultures - apprendre à penser à l’avenir

Qu’est-ce que c’est que la sécurité alimentaire ? Tout d’abord, ce n’est pas qu’une histoire de nourriture, mais aussi une question de bonnes pratiques alimentaires, de connaissances et de conscience de l’avenir. Quand une communauté n’a pas les moyens ou l’habitude de penser à l’avenir, leurs membres ont davantage de chances de se retrouver un jour démunis sans avoir de quoi nourrir convenablement leurs familles.
C’est en pensant au présent mais aussi à l’avenir qu’un projet de COOPI, financé par l’Union Européenne (UE), est mis en œuvre avec l’objectif d’assurer la sécurité alimentaire des populations affectées par le conflit dans le centre-est de la RCA. Une des nouveautés introduites par ce projet, dirigé par des ingénieurs agronomes, a été de proposer aux bénéficiaires, 27.500 personnes dont 8.000 déplacés, de construire des greniers traditionnels mais surélevés : des greniers « dans l’air ».
Fabio Castronovo, ingénieur agronome de COOPI et chef de ce projet basé sur les axes Ippy-Bria et dans la ville de Bria, explique les avantages de ce type de construction: « Les greniers surélevés protègent la récolte et les semences des rats et des insectes, d’autant plus que, dans l’espace vide sous le grenier, les agriculteurs font du feu car la fumée fait fuir les insectes. Cela préserve la qualité des semences et encourage les agriculteurs à produire plus. Auparavant, les agriculteurs disposaient seulement de petits dépôts familiers à même le sol qui laissaient les semences à la portée des termites et des rongeurs».
Pour convaincre les agriculteurs de l’utilité de ce type de greniers il a fallu faire un travail au préalable de sensibilisation, pas seulement sur les techniques agricoles, mais aussi sur tout le cycle de la conservation. « Nos bénéficiaires avaient plutôt une tendance à vivre au jour le jour. Il a fallu réfléchir avec eux sur l’importance de penser aussi à l’avenir, un travail qui a donné des fruits parce qu’ils ont compris l’utilité d’établir ces greniers, gérés par les différents groupements agricoles », explique le chef de projet.
Ce projet est destiné à donner une réponse à la détérioration de la sécurité alimentaire que les préfectures de la Ouaka et de la Haute Kotto ont subi depuis le déclenchement de la crise en RCA en 2012. Les bénéficiaires de ce projet ont été «très touchés par les troubles sécuritaires», déplore Castronovo.
Maintenant, même s’il n’y a pas un taux de malnutrition important dans la zone couverte par le projet, il fallait trouver une solution à des carences nutritionnelles en vitamines, minéraux et protéines végétales et animales. « L’alimentation traditionnelle de nos bénéficiaires, n’incluant pas assez de légumes ni de viande, était basée surtout sur des produits riches en sucres et carbohydrates, comme le maïs ou le manioc. Avec la crise, cette situation a empiré parce que les femmes n’allaient plus en brousse chercher de la viande et le cheptel de volailles s’était réduit de 70%. Les carences nutritionnelles causaient des maladies comme la diarrhée ».
Le projet COOPI-UE vise aussi à introduire des nouvelles cultures plus nutritives pour donner une réponse à ce problème. D’abord, on a donné une formation, théorique et pratique, pas seulement sur les différentes types de cultures, y compris des produits maraichers, mais aussi sur la nutrition et l’importance d’avoir une alimentation équilibrée, surtout pour les enfants et les femmes enceintes.
Si tout se passe bien, à part les produits « traditionnels » de la zone, comme le maïs, le riz et le manioc, la prochaine saison agricole devrait arriver chargée de superbes oignons, choux de la variété européenne, gombo et amarantes, entre autres, pour les bénéficiaires de ce projet.

Greniers dans l’air et nouvelles cultures: apprendre à penser à l’avenir ultima modifica: 2016-07-07T14:57:20+00:00 da Developer