Le mariage forcé : une autre figure des violences basées sur le genre

spose bambine

Adama (prénom modifié) avait 17 ans quand son père l’a mariée de force à son frère, l’oncle paternel de la fille, âgé de 57 ans, une pratique très répandue au sein de la communauté de bergers d’ethnie peule à laquelle elle appartient.

Durant les affrontements entre communautés qui ont secoué la ville de Boda, où elle habite, en janvier 2014, son « oncle-mari » a fui avec son troupeau de bœufs en laissant Adama et la fille qu’ils avaient eu ensemble dans la ville.

Quand elle s’est retrouvée seule avec son enfant de deux ans, Adama a dû commencer à travailler dans la vente ambulante de légumes pour pourvoir à leurs besoins. Au sein d’une communauté musulmane conservatrice par rapport au rôle de la femme dans la société et son présence dans l’espace public, le travail qu’elle exerce rend cette fille extrêmement vulnérable. Le mois d’avril, tandis qu’elle essayait de ramener un peu d’argent à la maison en vendant des légumes dans la rue, Adama s’est faite violer par un homme qui l’a attrapée et entraînée de force avec lui. Un peu de temps après elle a découvert qu’elle était enceinte.

Malheureusement, cette agression n’a pas été la dernière ni la plus brutal que cette fille, aujourd’hui âgée de 20 ans, a subi. Mariam, agent du projet de soutien aux survivants de Violence Basée sur le Genre, mis en œuvre par Welt Hunger Hilfe (WHH) et COOPI à Boda, explique que, à la fin du mois de mai, tandis qu’Adama se trouvait encore une fois en train de vendre ses légumes, une bande formée par quatre hommes l’a kidnappée et l’a emmenée dans une maison du quartier.

« Pendant cinq heures elle a subi un nouveau viol, cette fois-ci collectif, de la part de ces hommes, à cause duquel elle est restée cinq jours à l’hôpital. Elle n’arrivait même pas à marcher et ce sont ses amies qui l’ont conduite au centre sanitaire », explique l’opératrice COOPI.

Le cas d’Adama montre de façon très grave une des manifestations de la violence basée sur le genre (VBG) en Centrafrique et aussi ses conséquences: un mariage forcé et presque toujours précoce qui rend plus vulnérable une jeune fille qui se retrouve maltraitée et avec des enfants à sa charge beaucoup de fois sans avoir atteint les 18 ans.

Le mariage forcé n’entraîne pas que les abus sexuels, mais aussi l’abandon scolaire de la fille, les grossesses non désirées et souvent la maltraitance physique. Malgré le fait que ce phénomène n’est pas exclusivement féminin, les jeunes filles de toutes les régions et communautés qui composent la population centrafricaine sont spécialement vulnérables à ce fléau.

Dans le centre d’écoute de WHH et COOPI dans l’enclave musulman de Boda se trouve aussi Husseina (prénom modifié) forcée à se marier à un âge encore plus précoce que celui d’Adama. Cette fille, âgée de 24 ans, s’est mariée quand elle n’avait pas encore fêté ses 13 ans. Ella a eu son premier enfant une année après. Pendant la crise sécuritaire à Boda de 2014, son mari a été tué et elle s’est retrouvée seule.

Avec une voix à peine audible elle raconte comment elle a dû se marier tout de suite après avec un homme qui a « l’âge de son père ». Mariam, l’opératrice COOPI, explique que les filles qui se retrouvent sans moyen de vie doivent chercher un mari pour se faire protéger, elles et leurs enfants.

Cela n’a pas été le cas de Husseina, vu que son mari la soumet à une autre forme de violence basée sur le genre : le déni des ressources. L’homme vend la moitié des rations de riz que la famille reçoit en tant qu’aide humanitaire d’une organisation internationale et après mange ce qu’il reste. Husseina et ses enfants, surtout les deux qu’elle a eu lors de son premier mariage, pâtissent de la faim. Cette jeune femme ne peut même pas acheter du savon pour elle et ses enfants. Quand elle proteste, son mari la bat sauvagement.

Le projet de WHH et COOPI, dont les activités ont commencé à la mi-avril, fournit un soutien psychosocial complet à Adama, Husseina et le reste de survivants insérés dans le projet. Moins de deux mois après son lancement, nos agents psychosociaux ont identifiés plus de 200 survivants chez les différentes communautés de Boda, avec le soutien des Réseaux Communautaires de Protection (RECOP).

Le mariage forcé : une autre figure des violences basées sur le genre ultima modifica: 2016-02-04T12:03:54+00:00 da coopi