La lutte des femmes centrafricaines contre l’insécurité alimentaire

La lutte des femmes centrafricaines contre l’insécurité alimentaire

Le groupement agricole Toungba-Gbou Nganadu, basée dans la ville de Bria (centre) est composé exclusivement de femmes. Elles sont 25 de tous les âges et conditions, et aussi de toutes les confessions en Centrafrique, chrétiennes et musulmanes, un aspect qui ne semble poser aucun problème ce matin du mois de mars où on les trouve à travailler dans leur joli jardin de produits maraîchers, admirablement tenu, tout en écoutant de la musique qui émet un petit poste de radio.

Plusieurs d’entre elles ont emmené leurs enfants au travail : il y a une jeune femme qui creuse le sol avec la houe, son bébé au dos. « Nous nous comprenons parfaitement. Il n’y a aucun probl

ème pour ces histoires de religion » explique Ashta Ousman, la vice-présidente de ce groupement. Sur lot de terrain poussent de superbes choux, laitues, courgettes, amarantes et autres variétés maraîchères avec les techniques qu’elles ont appris grâce à la formation dispensée dans le cadre d’un projet de COOPI et de l’Union Européenne (UE) dont le but est de lutter contre l’insécurité alimentaire des populations affectées par le conflit dans le centre-est de la RCA (Ouaka et Haute Kotto).

Le chef de ce projet, l’ingénieur agronome italien Fabio Castronovo, souligne l’importance du travail agricole des femmes : « 70% des 120 groupements agricoles qui participent au projet sont composés de femmes, qui ont très bien assimilé la formation qu’on leur a donné. Leurs groupements sont parmi ceux dont la continuité après la fin du projet nous préoccupe le moins ».

Cette présence majoritaire des femmes dans les groupements agricoles a aussi des retombées très importantes sur le bien-être de leurs familles parce que les revenus obtenus par les mères sont toujours destinés à subvenir aux besoins des personnes à leur charge, notamment leurs enfants, ce qui n’est pas toujours le cas quand il s’agît du revenu des hommes.

Quelques fois, les membres des groupements sont les chefs de familles: des femmes qui sont restées seules, orphelines ou veuves, souvent par suite de la crise politico-militaire. La distribution de semences, d’outils comme des moulins et, plus important, la formation en cultures maraichères et l’encadrement technique a permis à ces femmes d’augmenter leur revenu et à leurs enfants de continuer à fréquenter l’école dans la ville de Bria.

« Notre principale préoccupation c’est l’avenir de nos enfants », explique Mme Ousman, qui souligne le fait que « sans école il n’y a pas de futur pour eux, mais les frais et matériaux scolaires coûtent cher et on a besoin de soutien ».

Sur l’axe qui mène vers Ippy, la vie est bien plus dure qu’à Bria. Beaucoup d’enfants ne sont pas scolarisés tout simplement parce qu’il n’y a pas d’école dans leurs villages, toujours enclavés, et leurs parents n’ont pas les moyens de les envoyer en ville.

À l’ombre d’un de greniers surélevés construits dans le cadre du projet- un type de construction qui permet la conservation des aliments et des semences à l’abri des rongeurs et des insectes-Suzanne Kakoupou, une femme de 65 ans, raconte comment elle est restée veuve quand son mari est décédé tandis que toute la famille fuyait la violence des groupes armés pour se cacher dans la forêt.

Après le décès de son époux, elle a été forcée à reprendre le travail aux champs. Elle a eu dix enfants, déjà adultes, mais elle a encore des enfants de la famille, y compris une petite de 5 ans, qui dépendent de son soutien. Le projet de sécurité alimentaire COOPI-UE a amélioré son revenu mais les difficultés auxquelles elle doit faire face sont encore énormes.

Emile Samba, superviseur agronome de COOPI, explique que les femmes qui « sont seules et font des travaux champêtres ont beaucoup de difficultés étant donné la division stricte des tâches par genre qu’on pratique dans la région. Par exemple, l’abattage des arbres pour établir des nouveaux champs agricoles c’est un travail traditionnellement masculin que les femmes ont du mal à accomplir. Ces difficultés sont accrues du fait que la solidarité liée à la famille élargie africaine est en train de disparaitre ».

La lutte des femmes centrafricaines contre l’insécurité alimentaire ultima modifica: 2016-07-07T13:39:36+00:00 da coopi