« Mon fils n’est pas coupable de mon viol. Il n’appartient qu’à moi »

« Mon fils n’est pas coupable de mon viol. Il n’appartient qu’à moi »

Nadège (prénom modifié), une jeune sourde-muette de 20 ans, est l’une des milliers de femmes violées dans la guerre cachée de la République centrafricaine. Avec le soutien d’un projet de COOPI et UNICEF pour victimes de Violence Basée sur le Genre (VBG), elle a pu reconstruire sa vie. Le soutien de sa famille et de sa communauté ont été cruciaux dans ce cas, où la victime n’a pas été stigmatisée comme c’est souvent le cas chez les femmes qui ont subi un viol.
Les femmes et les enfants sont toujours plus vulnérables à la violence, en particulier dans un contexte de pauvreté extrême, d’absence de droits et de guerre entre groupes armés. Une des formes les plus dévastatrices de la violence est celle basée sur le genre, surtout les agressions sexuelles. À COOPI, nous ne parlons de victimes de Violence Basée sur le Genre (VBG), mais de «survivants», parce que les femmes et les hommes qui arrivent à nos centres d’écoute, ou bien ceux que nous identifions dans des villages cachés dans la brousse, sont très courageux. Ils sont des survivants.
Notre organisation, avec le financement de bailleurs de fonds comme UNICEF, offre à ces personnes, pour la plupart des femmes et des filles, une prise en charge d’urgence, un soutien psychosocial et une formation en Activités Génératrices de Revenu (AGR). Un de nos projets d’appui aux victimes de VBG a été mis en œuvre dans la ville de Bossangoa. Nadège (prénom modifié), 20 ans, est l’une de nos bénéficiaires. Cette survivante de viol est sourde-muette et est tombée enceinte suite à l’agression. Son bébé a maintenant huit mois.
Voici le récit de sa récupération :
« Lorsque les hommes du groupe armé sont arrivés à Bossangoa en 2013, presque toute la population a fui pour se cacher dans la forêt, y compris mes sœurs. Moi, je suis restée à la maison avec ma mère parce que ma famille pensait que le fait d’être handicapée allait me protéger. Malheureusement, ils se trompaient. Une nuit, un groupe d’hommes armés est arrivé chez-nous. Ma mère et moi étions enfermées à l’intérieur mais ils ont défoncé la porte. Ensuite, ils ont commencé à me demander où était mon mari. J’ai répondu que je n’étais pas marié, une réponse qui les a mis dans une colère folle. L’un d’eux m’a alors jetée à terre et a abusé de moi en présence de ma mère.
Après ce que je venais d’endurer, pour moi il était très difficile de continuer à vivre. J’étais très déprimée. J’avais mal partout, surtout j’avais des maux de tête. Souvent, je passais toute la journée à pleurer. Je me sentais tellement mal que j’ai pris mon courage à deux mains pour dire à mon père ce qui m’était arrivé.
(NDLR: très souvent, les pères et conjoints des femmes violées rejettent les survivantes. Beaucoup de maris abandonnent leurs épouses quand ils découvrent qu’elles se sont faites violer).
À mon grand soulagement, mon père a bien réagi. Il m’a emmenée à l’hôpital où j’ai découvert que j’étais enceinte. J’ai bénéficié aussi d’un dépistage du VIH, dont le résultat a été négatif.
Quand j’ai découvert que j’allais avoir un enfant, je me sentais encore plus déprimée et lorsqu’il est né, pour moi il a été très difficile de l’accepter et de prendre soin de lui. J’étais toujours en colère et, surtout, très, très triste.
Cependant, au bout de quelque temps, j’ai réalisé que mon bébé n’était pas la faute de ce qui m’était arrivé. Il est un être innocent qui n’y est pour rien. Maintenant, je me dis à moi-même que, vu que je ne connais pas son père, mon fils n’est qu’à moi. Lui c’est mon ange et, en plus, j’ai eu la chance de toujours avoir eu le soutien de ma famille. Mon père m’accompagnait aux séances collectives et individuelles d’écoute organisées par COOPI (Nadège était toujours accompagnée d’un membre de sa famille qui traduisait le langage des signes rudimentaire avec lequel ils communiquent)
Avant l’arrivée de COOPI à Bossangoa, nous, les femmes, ne pouvions parler à personne de ce que nous avions souffert. Maintenant, nous pouvons parler de nos problèmes avec le personnel de COOPI qui nous a donné son soutien et une garantie de confidentialité. Chez COOPI j’ai aussi appris un métier, la couture ».
Floriane Befio et Sonia Grekossambia- superviseuses du projet de soutien aux survivants de VBG à Bossangoa et sur ses axes.
« Malgré le traumatisme d’avoir été violée à 19 ans et la difficulté accrue liée à son handicap, Nadège a toujours aimé son enfant, même quand elle était enceinte. Son cas démontre que lorsque la famille et la communauté ne rejettent pas la personne qui a survécu à un viol, elle est capable de se remettre beaucoup plus facilement. Malheureusement, les cas comme celui de Nadège -dont le père est même fier de son petit-fils qu’il nous amène au centre d’écoute de COOPI- sont assez rares. La plupart des survivantes sont obligées de cacher le viol, de peur d’être stigmatisées ou même abandonnées par leurs maris ».

« Mon fils n’est pas coupable de mon viol. Il n’appartient qu’à moi » ultima modifica: 2016-07-07T15:08:52+00:00 da Developer