Au Nigéria c’est la crise humanitaire.

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Interview à Marco Loiodice, coopérant COOPI au Nigéria, par Ambra Notari pour le journal Redattore Sociale.

ABUJA (Nigéria) – on estime que les réfugiés dans la zone du lac Tchad, qui comprend le Nigéria, le Cameroun le Niger et le Tchad soient 2 millions et 700 mille. Entre eux, il y a 2 millions et 300 mille nigériens : dans presque 2 millions de cas, il s’agit d’évacués à cause du conflit. “Nous sommes face à une crise humanitaire délaissée par la communauté internationale, qui ne s’y intéresse pas du tout à part pour le rôle de Boko Haram”. À s’exprimer c’est Marco Loiodice, coopérant depuis 4 mois en mission dans l’état africain chargé par Coopi: “Ce qui est en train de se passer au Nigéria rappelle beaucoup ce qui s’est passé, il y a quelques années, au Ruanda. Dans ce cas également, l’occident n’intervint pas, et il ne fournit aucune réponse rapide”. La ONG de Milan au Nigéria gère des programmes liés surtout à la nutrition et à la protection de l’enfance, financés par Echo, par la Direction générale des aides humanitaires et par la protection civile de la Commission européenne : “nous nous trouvons face à la famine, à un collapse alimentaire. Nous nous engageons dans la distribution de biens alimentaires mais la situation – surtout des enfants – est alarmante, ajoutée aux terribles conditions d’hygiène. Les taux de mortalité ont grimpé. Nous ne devons pas oublier que beaucoup d’enfants ont un passé d’enfant soldat avec toutes les conséquences que cela implique. Aujourd’hui dans les rues, c’est ça que nous constatons : des petits enfants dénutris et réfugiés qui vaguent, en fuite, suite à la violence de Boko Haram, avec des grands traumatismes dans leurs petits cœurs ”. Selon les données de Unicef tirées par “The Unicef National Nutrition and Health survey”, seulement le 22 pour cent des enfants sont allaités convenablement au moment de leur naissance et seulement le 10,7 pour cent des enfants entre 6 et 23 mois reçoivent une alimentation variée en termes d’équilibre entre la nourriture liquide, à moitié solide et entièrement solide

Quelque chose a finalement commencé à bouger, au niveau mondial mais seulement depuis quelques jours, suite à l’article sorti sur Guardian où Médecins sans frontières ont accusé l’OTAN de n’être pas intervenu assez rapidement pour répondre aux alarmes lancées par le Nigéria.

Parce que si, comme a déclaré le gouvernement du Nigéria, la crise militaire est terminée au mois de septembre 2015, par contre Boko Haram n’a pas disparu du tout et même dans les zones libérées il y a des conséquences humanitaires dramatiques. “Aujourd’hui la présence de Boko Haram est concentrée surtout dans les états Yobe, Adamawa et Borno, au nord-est du pays : il y a à Borno Chibok et à Sambisa forest, la triste réalité de milliers d’enlèvements de jeunes femmes ”, continue Loiodice. À  Yobe, Coopi soutient  1.300 ‘hosting households’: il s’agit de groupes familials très grands qui accueillent volontairement les réfugiés et les évacués, en  donnant un abris la plus grande partie des fois à des enfants obligés d’abandonner leurs familles ou qui sont restés orphelins le long des déplacements des lieux concernés directement par la guerre dans les zones environnantes (le 60% des réfugiés présents dans l’état de Yobe sont des mineurs).

Des milliers de réfugiés sont, par contre, accueillis dans des champs pour réfugiés non équipés : sans eau, sans services sanitaires, avec un réel risque d’épidémie de choléra. “Les coopérants refusent les escortes armées, et beaucoup de zones sont encore inaccessibles pour les aides humanitaires. L’armée de la libération découvre tous les jours de nouveaux cimetières dans des zones abandonnées : il s’agit de victimes de la violence Boko Haram, bien sûr, mais aussi de la malnutrition”. Et si la guerre devait poursuivre pour à peine encore deux mois seulement – chose pratiquement certaine – la situation empirera toujours plus : “C’est la saison de la pluie et les paysans doivent semer. S’ils ne peuvent pas retourner à leurs terres, il n’y aura pas de récolte. Et si quelqu’un par hasard, arrive à rentrer chez lui, souvent il y trouve les bergers qui profitent de l’absence des agriculteurs pour faire pâturer les animaux dans son champ. Les accrochages à feux ne sont pas rares et les paysans et les bergers se disputent pour le même morceau de terre”.

Cependant, le gouvernement du Nigéria continue la bataille contre l’organisation terroriste (qui au mois de mars 2015 a juré de rester fidèle à l’Isis) sur plusieurs fronts. Une stratégie qu’il essaye de continuer c’est la coupure des voies de subsistance en direction des zones qu’il considère occupées par Boko Haram : “ Malheureusement ce faisant, il isole les citoyens qui y vivent ”, souligne Loiodice.  Même la police antidrogue du Nigéria joue un rôle important dans ce conflit car elle bat les voies du viagra, très utilisées par les miliciens : “Leur objectif est celui de mettre enceinte le plus grand nombre de femmes possible. Ils sont persuadés que la société repoussera toujours ces enfants car ils sont les fils de soldats en les mettant donc aux marges de la société. En se voyant refusés, en se sentant marginalisés -selon eux_ ils continueront la mission de leurs pères. Ils pensent de cette façon et dans leurs folies d’assurer la longévité à Boko Haram”.

Selon Loiodice, la seule possibilité est que cette situation soit plus visible sur les médias : “Nous savons très bien qu’il n’y a pas assez de fonds pour réagir à toutes les crises humanitaires. Donc les grandes agences les dépensent pour celles qui ont plus de visibilité et un grand impact sur l’opinion publique. Malheureusement la communauté riche est toujours moins intéressée à ce qui se passe en Afrique. Pire, elle s’intéresse seulement au moment où ces tragédies se transforment dans des flux migratoires”.

Alors comment intervenir? “Pour première chose j’estime qu’il faut nécessairement créer des couloirs humanitaires pour faire sortir les nigériens des zones isolées pour vaincre, Boko Haram. Ensuite il faut faire non seulement une activité de sensibilisation, mais aussi une plus grande implication des grands acteurs, pour pouvoir offrir un support alimentaire, agricole et psychologique. Si nous n’intervenons pas tout de suite, un jour, nous nous réveillerons et nous lirons sur les journaux de milliers de personnes décédées. Nous lirons leur histoire et nous lirons aussi beaucoup de messages de condoléance, tant inutiles que tardifs ”.

Di Ambra Notari

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Le projet COOPI au Nigéria a été réalisé avec le support de la Direction générale pour les aides humanitaires et la protection civile de la Commission Européenne (ECHO).

Au Nigéria c’est la crise humanitaire. ultima modifica: 2016-07-27T09:56:40+00:00 da coopi