Protégeons les enfants de la guerre !

2 janvier 2017, Site de déplacés de la RN 1, Garin-Wazam, région de Diffa, Niger, © Vincent Tremeau

Depuis février 2015, l’expansion de la violence liée à Boko Haram à l’extérieur des frontières du Nigeria a entrainé une grave crise humanitaire et sécuritaire dans la région du Lac Tchad. Oxmo Puccino, ambassadeur de l’UNICEF France, est venu à la rencontre des familles déplacées et réfugiées de la région de Diffa (Niger), écouter leurs histoires et s’en faire l’écho. Voilà son carnet de mission.

11 Janvier 2017 -Niamey, Niger. Au petit matin, dans le bus pour l’aéroport de Niamey pour prendre l’avion pour Diffa ©Vincent Tremeau

 

ll faut quelques heures en avion pour rejoindre Diffa, au Sud-Est du pays. Cette zone fragile (subissant de manière chronique insécurité alimentaire, malnutrition infantile, épidémies et catastrophes naturelles), accueille aujourd’hui plus de 241 000 personnes déplacées internes et réfugiées du Nigéria, dont plus de la moitié sont des enfants.

11 Janvier 2017 -Diffa, Niger. Des enfants jouent au football dans une rue de la ville. ©Vincent Tremeau

 

Nous nous rendons à l’école de N’Guel Madou-Maï. Ce site de déplacés est récent : les populations y sont arrivées en août 2016 et l’école temporaire (classes sous tentes et paillottes) a ouvert en octobre 2016, grâce à l’appui de l’UNICEF et de l’ONG PLAN.

11 Janvier 2017 — Ecole N’Guel Madou-Maï, Diffa, Niger. Cette petite fille étudie dans sa classe de CP. ©Vincent Tremeau

 

Cette école accueille 469 élèves, répartis en 9 classes, du jardin d’enfants au CM1. Les enfants déplacés et réfugiés y côtoient les enfants autochtones. Si les cours sont en français, les enfants sont répartis dans les classes en fonction de leur langue maternelle.

Malgré l’espoir que procure le retour à l’école pour ces enfants, il reste beaucoup à faire : ici pas de point d’eau, pas de latrines, et peu de mobilier et de fournitures.

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11 Janvier 2017 — Ecole N’Guel Madou-Maï, Diffa, Niger. Oxmo Puccino écoute le récit de madame Aïchatou Adam, enseignante dans une classe de CP qui compte 50 élèves. ©Vincent Tremeau
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11 Janvier 2017 — Hamsatou Adamou, 6 ans, originaire de Baga (Nigéria), est en CP dans l’école N’Guel Madou-Maï, Diffa, Niger. ©Vincent Tremeau

 

Hamsatou est une enfant non accompagnée, c’est-à-dire arrivée sans ses parents au Niger. Elle a donc été placée en famille d’accueil. A Baga, au Nigeria, elle avait été confiée par ses parents à une femme avec laquelle elle a fui il y a 2 ans. Depuis le père d’Hamsatou est mort et sa mère disparue – probablement restée au Nigeria. La femme qui élevait Hamsatou est morte elle aussi, et c’est maintenant la sœur de cette femme, Aïcha Chaibou, qui a recueilli l’enfant.

Les familles d’accueil perçoivent un appui (financier ou en nature) lorsqu’elles s’occupent d’un enfant non accompagné.

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11 Janvier 2017 — Aïcha Chaibou (photo de gauche) accueille Hamsatou dans sa famille. Elle considère qu’elle a une obligation morale de s’occuper de l’enfant : « Ne pas s’en occuper, c’est comme couper les liens avec la famille. » raconte-t-elle. Diffa, Niger. ©Vincent Tremeau

 

Le lendemain, direction Garin-Wazam et le site de déplacés de la RN1, à la rencontre des enfants, des parents et aussi des professionnels qui, sur place, apportent leur soutien et mettent en place des dispositifs d’aide, de protection et d’éducation des enfants.

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 Site de déplacés de GARIN-WAZAM, région de Diffa, Niger. ©Vincent Tremeau
12 Janvier 2017 — Site de déplacés de Garin-Wazam, région de Diffa, Niger. Oxmo Puccino durant une rencontre avec des parents. ©Vincent Tremeau

 

Dans la région, par crainte des attaques et l’intimidation des Boko Haram sur les populations, bon nombre d’écoles étaient désertées depuis 2014, privant les enfants d’éducation. Ces programmes d’urgence offrent donc une forme de retour à une normalité perdue depuis de longs mois.

Nous nous rendons dans un DIAP-ado, c’est à dire un dispositif itinérant d’appui psychosocial, destiné aux enfants de 9 à 14 ans où sont proposés un programme d’éducation informelle ainsi que des cours d’alphabétisation pour les enfants n’ayant jamais été scolarisés.

12 Janvier 2017 — Site de déplacés de Garin-Wazam, région de Diffa, Niger.Oxmo Puccino discute avec des jeunes du DIAP. ©Vincent Tremeau

 

L’approche menée ici par l’ONG COOPI consiste à s’appuyer sur un Comité de parents et de représentants des jeunes : les premiers arrivés aident les arrivants. Ils jouent un rôle de sensibilisateurs sur les activités proposées au DIAP : ces activités sont non seulement un appui pour surmonter le traumatisme lié aux attaques, mais aussi une opportunité en soi, pour les enfants, de se construire un avenir. Les membres du Comité jouent aussi le rôle de médiateurs parce qu’ils ont la confiance de la communauté. Les représentants les plus âgés peuvent s’adresser aux anciens, les hommes aux hommes et les jeunes filles à leurs pairs.

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 12 Janvier 2017 — Site de déplacés de Garin-Wazam, région de Diffa, Niger. Des adolescents suivent une séance d’alphabétisation en langue Kanouri au DIAP. Photo de droite : Balou, 15 ans ©Vincent Tremeau

 

Balou (photo du haut, à droite), accepte de nous recevoir chez elle et de raconter son histoire. Avant d’arriver dans ce camp il y a 8 mois, cette jeune fille de 15 ans a vécu trois déplacements successifs suite aux attaques de Boko Haram : de son village à Bosso, puis à Yebi, pour arriver ici, à Garin-Wanzam. Attaques, fuites, les enfants comme Balou sont profondément déracinés et ont besoin de temps et d’appui pour que leur vie puisse peu à peu reprendre leur cours.

12 Janvier 2017 — Site de déplacés de Garin-Wanzam, région de Diffa, Niger. Oxmo Puccino en conversation avec Balou (15 ans) et Aïssa Malem Mela (60 ans), la soeur de sa grand-mère, chez elles. ©Vincent Tremeau

 

Au Nigéria, Balou vivait déjà avec la sœur de sa grand-mère Aïssa Malem Mela, avec laquelle elle a fui. Son grand-père est mort d’épuisement lors de la fuite, et elles vivent donc seules.

C’est la première fois que Balou étudie, au DIAP. Elle aime aussi jouer au basket avec ses 2 amies, qui ont été déplacées avec elles. Balou veut maintenant rester au Niger, où elle se sent en sécurité et rêve de faire une formation de couture. Mais elle est inquiète : elle n’a pas d’identité et donc pas de statut de réfugiée.

               12 Janvier 2017 — Site de déplacés de GARIN-WANZAM, région de Diffa, Niger. Balou et sa grand-mère Aïssa Malem Mela. ©Vincent Tremeau

Voici Housseine et Hassane Moussa, 2 jumeaux de 14 ans, arrivés à Garin-Wanzam il y a 7 mois.

12 Janvier 2017 — Site de déplacés de Garin-Wanzam,, région de Diffa, Niger. Oxmo Puccino plaisante avec Hassane en lui prêtant son chapeau, dans l’abri où dorment les deux jumeaux. ©Vincent Tremeau

 

Et voici leur famille : leurs parents et leur petite sœur de 5 mois, Ya Koura, née ici, au centre de santé soutenu par MSF. Le papa était cultivateur au Nigeria. Lors de l’attaque de son village en 2016, il était dans sa rizière avec les 2 jumeaux. La maman, elle, était à la maison. Ils ont fui séparément et se sont retrouvés à Bosso. Les enfants étaient en CP au Nigeria. Ils fréquentent aujourd’hui le DIAP où ils ont retrouvé 5 copains avec qui ils aiment jouer au foot. Leur vie leur manque : leur maison, pêcher. Ils disent se sentir comme des étrangers ici. La maman, Kaka Alia, elle aussi se sent triste, elle fait des cauchemars et a peur la nuit, tressaillant au moindre bruit. Elle dit que ses enfants dorment mieux maintenant, qu’ils font moins de terreurs nocturnes.

12 Janvier 2017 — Site de déplacés de Garin-Wanzam, région de Diffa, Niger. Oxmo Puccino discute avec Housseine et Hassane Moussa devant l’abri de la famille. ©Vincent Tremeau

 

C’est la fin de la journée à Garin-Wanzame t les petites filles se pressent pour faire de la balançoire au DIAP, réservé aux enfants de moins de 8 ans. Le jeu, le sport, sont un bon moyen qu’utilisent les psychologues présents sur le site pour aider les enfants à exprimer et on l’espère, à dépasser, les traumatismes qu’ils ont vécu.

12 Janvier 2017 — Site de déplacés de Garin-Wanzam, région de Diffa, Niger. Des enfants jouent à la balançoire au DIAP réservé aux plus petits, sous l’oeil tendre d’Oxmo Puccino. ©Vincent Tremeau

 

Comme Oxmo Puccino, vous pouvez soutenir ces enfants et vous mobiliser pour que les écoles dans les zones de conflit soient désormais totalement protégées. La campagne s’appelle “Les écoles ne sont pas des champs de bataille” et nous comptons sur vous pour la relayer avec le hashtag #protectschools.

Lire aussi l’interview d’Oxmo Puccino sur unicef.fr

Article tiré du site web officiel UNICEF France.

Protégeons les enfants de la guerre ! ultima modifica: 2017-01-30T15:09:43+00:00 da coopi